Le volcan n’est pas encore éteint (4/16)

Photo portrait charlierCédric Charlier

1m81,80 kg.

222 sélections

21.11.1987 (28 ans)

Clubs : Uccle Sport, Racing.

 

Cédric Charlier est un de ces joueurs qui fonctionne à l’instinct, l’un de ceux qui se transforment sur le terrain. Le contraste peut d’ailleurs parfois être saisissant. C’est un Cédric Charlier calme et souriant qui nous a accueilli au Racing, presque une autre personne que le joueur, qui devient un vrai guerrier une fois son stick en main. Capable de coups de génies comme des plus grosses colères, l’homme a désormais mûri et canalise mieux son énergie, au service du collectif. «J’ai encore plus progressé là-dessus cette année que les précédentes. Il y a certaines choses qui m’énervent toujours autant, mais avant, je l’évacuais en criant, en râlant», avoue-t-il. «Alors que maintenant, je sais mieux comment je fonctionne et je me rends compte quand je commence à bouillonner. J’utilise beaucoup mieux cette énergie qu’auparavant».

Une énergie qui caractérise l’Ucclois depuis son plus jeune âge. Enfant, il passait ses journées à jouer au tennis et au hockey, inlassablement. Il faut dire que lorsqu’on habite sur le site même d’Uccle Sport, il est bien plus facile de s’adonner à ses sports favoris. « Mon père a toujours travaillé dans l’horeca. II avait tenu l’Avia pendant tout un temps avant ma naissance. Uccle sport lui a demandé de s’occuper du club house lorsque j’avais 3 ans » explique Cédric. « Nous habitions dans une annexe qui se trouvait derrière le club house. De mes 3 à mes 13 ans, j’ai habité derrière le bar d’Uccle Sport. J’étais tout le temps-là avec plein d’amis et on jouait soit au tennis, soit au hockey ». Deux sports dans lequel il excelle, gagnant plusieurs tournois en simple et faisant partie des meilleures équipes d’Uccle Sport.

Le hockey l’emporte

Mais vers l’âge de douze ans, Cécé est touché par une spondylolyse, qui touche ses lombaires. C’est le mouvement de service au tennis qui met son dos à mal et tout mouvement de rotation le fait souffrir. Un vrai coup dur pour l’adolescent qui doit choisir entre ses deux passions. Finalement, c’est le hockey qui l’emporte. « Je préfère les sports d’équipe, j’adorais et j’adore être en groupe », souligne-t-il. Un choix qui ne résout pourtant pas ses problèmes de dos. Le jeune sportif doit le muscler et rester vigilant aux mouvements de torsion. « Il m’est arrivé de ne même plus savoir lever ma jambe droite, à cause de ma blessure… », affirme celui qu’on appelait alors Disco Drerre, en raison de sa passion pour la musique et du fait qu’il vivait alors à Molenbeek.

Charlier Jeunes, Boon

Cédric Charlier (3e debout en partant de la gauche) en compagnie notamment de Tom Boon (1er en partant de la gauche)

Toujours dans le dernier carré avec ses copains d’Uccle Sport, dont Lionel Debroux et Grégory Cuvelier pour ne citer qu’eux, Cédric Charlier ne parvient pourtant pas à accrocher beaucoup de titres en catégories jeunes. « Je n’ai qu’un seul titre de champion de Belgique. C’était en cadets, en salle », rigole-t-il.
La faute aux générations dorées du Léopold et du Racing, incarnées par des joueurs de la trempe de Dohmen, Van Strydonck, Beckers pour le Léo, tandis que Truyens est le fer de lance des Rats. Tom Boon, trois ans plus jeune que Cédric, avait beau renforcer l’équipe quelques fois, Uccle Sport échouait systématiquement en demi-finales, battu par des joueurs que le jeune Charlier retrouve en équipe nationale.

 

A 14 ans, il intègre déjà les nationaux U16, avec qui il termine cinquième de la Coupe d’Europe. Au total, il rafle deux médailles européennes, une d’argent en U18 et une de bronze en U21, aux côtes des Briels, Truyens, Dohmen et autres De Saedeleer et Van Strydonck..  «Nous n’avons vraiment pas eu de chance à Prague avec les U21. En demi-finales, nous jouions contre les Pays-Bas. A la dernière minute du match, on obtient un pc alors que le score est de 2-2. C’était Gucca (Grégory Guccassoff) qui faisait les sleeps et Thomas Briels a été lui dire ; si tu marques, on est en finale. Quel con (rires), après on l’a mise à côté et nous perdons aux prolongations». Un dernier tournoi international avec les U21 pour Cédric Charlier, qui rejoint les Red Lions pour la première fois en 2006, grâce à un parcours remarqué en équipe première avec Uccle Sport.

La fin d’une grande époque, le début de l’ère du Racing

Charlier Uccle Sport

Cédric Charlier sous les couleurs d’Uccle Sport

Le moins que l’on puisse écrire, c’est que l’attaquant est un joueur précoce. Première sélection en U16 à 14 ans, première cap en équipe première à 15, Cécé enchaîne les rencontres et cumule même Juniors et Messieurs pendant deux saisons. Sa première année en équipe fanion se fait sous les ordres d’Etienne Tys, qui détient une véritable Mannschaft, selon l’international. « C’était très bon coach, c’est avec lui que j’ai appris la vraie rigueur en entrainement. A l’époque, je jouais avec Maxime Tys, Henry Cavenaille, Max Luyckx, Ben Van Hove ou encore Thomas Van den Balck ! » Rapidement, Tom Boon rejoint le navire et fait les beaux jours d’Uccle Sport en attaque, avec son comparse Cédric Charlier. Et si les deux jeunes attaquants font trembler les défenses adverses, ce n’est plus vraiment le cas de l’équipe, qui perd ses cadres au fil des années et qui  verra partir le duo Boon-Charlier vers un autre club ucclois, le Racing.

Hulk charlier

« Hulk » Charlier

Après les Jeux Olympiques de Pékin, Hulk rejoint une bande de copains qu’il connait bien, pour les avoir côtoyés en équipe nationales et affrontés en clubs. « J’avais envie d’un nouveau challenge. C’était leur première année où ils avaient joué les playoffs, et les infrastructures, l’environnement étaient très bien. Tom Boon a d’abord signé ici et deux jours après, ma décision était prise », explique-t-il.

Depuis son arrivé au Racing en 2008, Cédric Charlier s’est imposé comme l’un des leaders des Rats et l’un des meilleurs attaquants du championnat belge. A seulement 28 ans, il peut se targuer d’avoir disputé deux Jeux Olympiques, de nombreuses finales de championnat et plusieurs campagnes européennes. Malheureusement sans aucun titre à la clé. Une grosse frustration pour celui dont les colères sont aussi mémorables que certains de ces buts.

Charlier Regard

« Je suis exigeant avec moi-même, mais aussi avec les autres. Ce qui peut parfois amener des frictions « 

 

Et si l’ancien d’Uccle Sport pouvait encore régulièrement sortir de son match et plus se faire remarquer pour ses rouspétances que par son jeu, il met désormais cette énergie au service du collectif. Cédric Charlier n’est plus simplement un attaquant, il est devenu un pion essentiel des vice-champions de Belgique et veut transmettre toute son expérience aux jeunes de son équipe. « Je pense qu’il y a rien à faire, vers 25-26 ans, tu gagnes certainement en maturité. Je pense avoir également progressé physiquement. Je fais bien plus attention à mon hygiène de vie.  Deux Jeux Olympiques, toute l’expérience internationale que j’ai, cela  aide à apporter de nouvelles façons de penser dans le club. Je pense être un leader parce que je ne me satisfais pas de ce que j’ai.  Je suis exigeant avec moi-même, mais aussi avec les autres. Ce qui peut parfois amener des frictions », affirme-t-il, avant de poursuivre, « Je sais désormais comment je fonctionne et je me contrôle mieux. Simon Gougnard sait d’ailleurs que je peux vite m’énerver et lors d’un match, je commençais à bouillonner. Il m’a simplement dit : Cedde, redescends. Et là j’ai tout de suite compris et c’était déjà oublié. C’est quelque chose je n’arrivais pas à faire auparavant ».

Récemment devenu propriétaire de sa maison « un rêve depuis que je suis jeune » précise-t-il, Cédric Charlier a bien grandi depuis ses premiers pas en Division d’Honneur, il y a près de quinze ans. L’adolescent est devenu un homme, un fidèle du Racing et un diplômé en Finances. Autant d’étapes qui ont amené le joueur à disputer deux Olympiades et à probablement en disputer une troisième à Rio. S’il se voit encore se consacrer à 100% à son sport l’année prochaine, Cédric Charlier a des projets de travail qu’il veut développer en parallèle. « Je ne me vois pas uniquement faire du hockey toute ma vie. La réflexion dans laquelle je suis, c’est de  développer mon projet, ce qui me permettrait de continuer à jouer avec les Red Lions. Mon rêve serait de faire les Jeux Olympiques dans quatre ans, si mon corps le permet ». A l’heure où la plupart des internationaux de sa génération pensent à leur retraite internationale, Cédric Charlier multiplie les séances d’entrainement, avec toujours la même volonté de fer et une énergie débordante. Le volcan n’est pas prêt de s’éteindre.

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Cédric Charlier et les Red Lions

Quand as-tu été sélectionné pour la première fois avec les Red Lions ?

C’était juste avant la  Coupe du monde à Monchengladbach en 2006. Je n’avais que 18 ans et Maurice Dubois avait été appelé en même temps que moi. Les Indiens faisaient une tournée en Europe et nous avons perdu 6-1, mais j’avais marqué le seul goal belge. J’avais dribblé cinq Indiens puis je m’étais retrouvé point de stroke, dos au goal (rires). J’ai calé la balle dans la crosse et je l’ai mise au fond.

 Quelle sensation ressent-t-on lors de son premier match avec le maillot de l’équipe nationale ?

Je suis quelqu’un d’introverti et j’étais donc très stressé, je gardais tout pour moi au début. Dès que j’avais la balle, je voulais vite m’en débarrasser. Mais sinon j’étais super fier, j’avais envie de tout arracher, de tout donner. J’avais envie de dire aux meilleurs joueurs de l’époque : Attention, j’arrive.

Quel est ton plus beau souvenir avec les Red Lions ?

Charlier Jo ouverture Pékin

Cécé à la cérémonie d’ouverture des JO de Pékin

Ce n’est pas un souvenir sur le terrain.  Il s’agit de la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques de Pékin. J’avais vingt ans et c’était mon premier grand tournoi. Franchement, c’était dingue (dit-il avec des étoiles dans les yeux).

L’entrée dans le stade avec 80.000 Chinois qui crient, qui dansent. Tu es de l’autre côté de la planète et tu fais le tour du stade où tu repères quelques drapeaux belges. Tous ces Chinois dansaient tous en même temps, chantaient, faisaient le spectacle, d’autres  tapaient sur leur tambour. Et tout ça sans qu’un seul ne soit une demi-seconde en retard. C’était vraiment un truc de fou.  Et puis l’allumage de la flamme, c’est un truc de malade.  Le gars est monté sur un podium et a décollé avec des câbles. Il a fait le  tour du stade en faisant semblant de courir et quand il avançait, il y avait les images de tout le parcours de la flamme olympique.  Quand il a allumé la flamme, c’était vraiment un truc de fou.  Ça m’a vraiment marqué.

Sinon sur le terrain, c’est clairement le Championnat d’Europe à Boom. Le résultat, le niveau de jeu, l’ambiance. Tout.

Et ton pire souvenir ?

La Coupe d’Europe à Londres. Entre nous ça allait, mais l’ambiance n’était vraiment pas top. On logeait dans un hôtel pourri, il a plu deux fois dans ma chambre ! On était à 45 minutes de bus des terrains où on s’entrainait, la nourriture n’était pas bonne. La gestion de groupe ne s’est pas du tout bien passée.  Directement après le premier match, ça a sapé le moral de toute l’équipe.

Qui sont tes meilleurs amis dans l’équipe ? Avec qui partages-tu ta chambre ?

Cela varie, je n’ai pas de roomie spécifique. Si je devais citer une personne dont je suis le plus proche ce serait Tom (Boon Ndlr), parce que c’est celui avec qui je partage le plus en dehors du hockey et c’est celui que je connais le mieux, mais sincèrement, je m’entends avec tout le monde.

Tu as été écarté de la sélection pendant un moment, pour quelle raison ?

Je n’ai pas été sélectionné pendant trois mois lorsque Marc Lammers est arrivé à la tête des Red Lions. C’était pour des raisons d’hygiène de vie et c’est vrai qu’il n’avait pas tort sur certaines choses mais c’était démesuré selon moi. Je pense qu’il est arrivé dans un groupe et qu’il voulait marquer son autorité, mais il ne l’a pas fait de la bonne manière. Gauthier Boccard et Alex de Paeuw ont aussi sauté. Au final, on est tous les trois toujours là. Nous étions beaucoup moins professionnels et  lui venait des Pays-Bas. Ça a peut-être joué.  Mais il ne nous a pas laissé le temps ni l’opportunité de changer.

Tu n’as raté aucun grand tournoi  depuis les JO de Pékin, comment vois-tu l’évolution des Red Lions et du hockey belge en général ?

Charlier Pékin

A Pékin, contre l’Espagne

Nous sommes bien plus professionnels, le programme  est  plus structuré, plus efficace. Quand je suis arrivé, on s’entrainait le matin de huit heures à midi avec une toute petite pause. Certains allaient ensuite travailler et nous avions de nouveau entrainement le lendemain soir de 20h à 22h. Il n’y avait pas non plus de réelle communication avec les clubs, alors que cela se passe mieux maintenant. C’était devenu indispensable.

En ce qui concerne nos programmes individuels, c’est bien plus personnalisé alors qu’avant, j’avais parfois l’impression que ce n’était pas adapté ni à la morphologie des joueurs, ni aux efforts qu’on faisait en match.  Nous avons aussi  accès à tous nos clips individuels, à toutes les vidéos du staff.  Du coup, les joueurs sont meilleurs tactiquement, ils ont plus de responsabilités et comprennent mieux le jeu.

Plein de petits détails ont évolué. Le budget a beaucoup évolué et nous permet de mieux s’entrainer. Quand j’ai commencé, il y avait des gars qui étaient là depuis 6-7 ans et qui n’avaient jamais touché un kopek. Des mecs comme Luyckx, Van Hove, Van den Balck etc. se sont mis dans des situations qui ne  devraient pas arriver. C’est toute cette génération-là qui a amené des résultats, et sans eux, on n’en serait pas là. Chapeau à eux.

Cela sera tes 3e Jeux Olympiques, cela t’aidera à être plus focalisé sur le hockey, selon toi ?

La première fois à Pékin, on était tous les jours avec des grands yeux, on était vraiment émerveillés. A Londres,  on était déjà quelques-uns à avoir vécu cela et ça s’est mieux passé. Nous serons cinq à disputer nos troisièmes Jeux (Felix Denayer, Thomas Briels, Jérôme Truyens, John-John Dohmen et lui-même). Je pense que ça fera une grosse différence.

Quels seront les éléments clés pour faire le meilleur résultat possible ?

Nous croyons en ce que nous faisons. Il y a un programme bien établi qui a commencé début octobre. Il faudra surtout gérer la pression.  Quoique l’on en dise, nous sommes attendus. Les pc offensifs et défensifs vont également avoir une importance dans notre succès. Malgré tous les entraînements qu’on a fait et les détails qu’on a peaufinés, il  Charlier Portrait 2faudra avoir un peu de réussite. Il y a toujours un facteur chance. C’est à nous de faire en sorte que la chance soit de notre côté. Shane nous met tous dans une de zone de confiance où il favorise les initiatives des joueurs. C’est ce côté de folie qui peut faire que la chance qui va tomber de notre côté. A l’inverse, à Londres à l’Euro, nous étions prévisibles. Il faudra provoquer la chance.

Que veux-tu apporter à l’équipe à Rio ?

Mon expérience, mon fighting-spirit. Ma rage sur le terrain peut être à double tranchant mais je pense que je peux apporter un plus au niveau énergie à l’équipe. Défensivement, je suis super important sur le pressing et dans le cercle, j’ai mon mot à dire. Je veux aussi apporter mon expérience au groupe ainsi que cette étincelle que je peux apporter sur un goal.

Un petit pronostic pour les JO ?

D’office l’Australie, Pays-Bas puis après, cela se jouera entre l’Allemagne, l’Angleterre et nous.

 

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Bertrand Lodewyckx

 

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