La longue rééducation solitaire de Dorian Thiéry

 

Fauché en pleine ascension à la World League au début de l’été à Anvers, Dorian Thiéry est de retour sur les terrains depuis presque un mois, après cinq mois d’un long calvaire. Plus fort mentalement et déterminé plus que jamais à donner le meilleur de soi-même, le milieu vedette du Léo s’est confié à Tip-in sur ce qui a été un véritable parcours du combattant.

«Cette rééducation a vraiment été difficile et pour être honnête, j’ai connu plus de moments où j’étais moins bien que d’instants de bonheur pendant ces cinq mois», annonce-t-il.  Le bonheur, il l’a pourtant retrouvé depuis qu’il peut à nouveau fouler les terrains de la division d’honneur belge. Le sentiment simple de pouvoir jouer au hockey et de se dépenser sans compter pour son club. La route a pourtant été longue pour en arriver jusque-là, six mois après sa troisième luxation de l’épaule.

Dimanche 28 juin, le public belge est venu en nombre au Dragons pour assister à la rencontre de la World League entre les Red Lions et l’Irlande. Dorian Thiéry, brillant depuis le début du tournoi confirme sa forme du moment en disputant un match complet. Mais en fin de rencontre, le jeune international tombe sur son épaule et comprend directement que c’est une blessure grave. « J’avais eu déjà deux luxations auparavant et je savais bien que si ça se reproduisait, je devrais passer par une opération. Juste après être tombé, je savais ce qu’il en était », affirme-t-il, « Ca a été un gros coup sur la tête. Je commençais justement à bien prendre mes marques dans l’équipe ».  Dans les heures qui suivent sa chute, Dorian décide de quitter l’hôtel des Red Lions pour retourner chez lui, afin de relâcher la pression qui pesait sur lui et ses coéquipiers depuis plusieurs semaines. Présent à chaque match aux côtés de ses coéquipiers, il tente d’oublier sa frustration de ne pas pouvoir jouer en passant du temps avec sa famille et ses amis. Mais l’opération est imminente, seulement une semaine et demi après sa blessure, fin juin.

Le lendemain de l’opération est celui qui fait le plus mal, tant mentalement que physiquement. Et même s’il reçoit quelques messages d’encouragements d’autres internationaux, il sait que sa rééducation sera longue et solitaire. « C’est vraiment  le lendemain de l’opération que je me suis rendu compte que cela allait être très difficile. Avant l’opération je me disais que ça allait aller vite, mais sincèrement, la douleur que je ressentais juste après me faisait très très mal », souligne Dorian Thiéry, «Le staff de l’équipe nationale m’a ordonné de faire ma rééducation à Anvers, ce que j’ai fait évidemment. Mais à part cela, je n’ai pas eu beaucoup de nouvelles de leur part pendant toute ma revalidation. Je savais que j’étais livré à moi-même et qu’il ne tenait qu’à moi de revenir».

Cinq mois de dur labeur

Un retour en plusieurs étapes et qui commence par deux semaines de repos complet avec une  souffrance quais permanente. «La  douleur était vraiment insupportable. C’était difficile de dormir, dès que je bougeais mon bras d’un centimètre, je crevais de mal », ajoute-t-il.  Pendant un mois, toute activité physique lui est interdite. Un vrai calvaire psychologique pour cet accro au sport. Du coup, le Léoman de 21 ans ne peut que prendre son mal en patience et trouver d’autres activités, la douleur toujours présente quotidiennement.

En août, le Red Lion peut enfin entamer sa rééducation proprement dite. C’est le début de plus de 100 jours de séances de kiné et de musculation presque quotidiennes, bien souvent en solitaire même si sa famille et ses plus proches amis sont là pour le soutenir. « J’avais complètement fondu du côté gauche et j’étais totalement contracté. J’ai dû travailler la mobilité tous les jours et après un mois de repos j’ai pu commencer un programme de force.  Cela représente plus de trois heures de travail quotidiennement. Après trente minutes de kiné, je passais trois heures en salle de musculation à retrouver mes mouvements, à me remuscler etc. Après de telles séances, j’étais K.O », explique-t-il avant d’évoquer le soutien de ses proches. « Ceux qui m’ont le plus aidé sont mes parents et mes meilleurs amis. Au total, je pense qu’au maximum dix personnes ont réellement été présentes et sans eux, cela aurait été beaucoup plus difficile ». Surtout lorsqu’il apprend sa non-sélection avec l’équipe nationale, en pleine rééducation. Un vrai coup dur pour celui qui travaillait dur depuis des mois pour réintégrer le noyau. Et même s’il comprend et accepte la décision, elle lui fait l’effet d’un coup de massue selon le joueur ucclois. «Je continuais à travailler comme un malade et d’un coup, j’apprends que je ne suis pas sélectionné en équipe nationale. C’était comme si je devais repartir de zéro. Je l’ai su alors que j’étais justement en route pour une séance de rééducation à Anvers. A ce moment-là, je me suis vraiment demandé si je faisais demi-tour ou si je continuais. Je me suis posé énormément de questions et  c’est là que mon père a vraiment été présent».

Au fond de lui, le jeune homme au mental d’acier ne doute pas et sait qu’il lui faut continuer sur cette longue route solitaire. Malgré la douleur et les nombreux éléments qui le découragent, Dorian Thiéry tient bon et décide de tout donner pour pouvoir revenir plus vite et plus fort. Après trois mois et demi, au lieu des cinq mois initialement prévus, il reprend son stick pour la première fois, sans toutefois disputer le moindre match.

Dorian Thiéry

Dorian Thiéry passe des derniers tests pour vérifier l’état de son épaule

Un sentiment de renouveau

Contre toute attente et au prix d’immenses efforts, Dodge est déjà sur un terrain de hockey fin novembre, mais il préfère attendre que tout soit en ordre pour reprendre la vraie compétition. «J’aurais pu faire un ou deux matchs fin novembre mais je l’ai pas fait pour pas prendre de risque. J’ai fait deux entrainements avant de partir en Afrique du sud.  C’était tout simplement sentiment de renouveau. Je reprenais ce que j’avais toujours fait mais d’une manière totalement différente.  Au début, j’étais plus prudent dans mes mouvements  mais je me suis dit que je devais y aller même si ça me faisait un peu mal et je me disais que le reste viendrait bien tout seul». Et les bonnes nouvelles s’enchaînent puisque la plaque tournante du Léo est convoquée au stage des Red Lions en Afrique du Sud. Deux semaines qui lui auront fait beaucoup de bien. «Rien q ue le fait d’être à nouveau avec le groupe, avec des amis, ça a joué énormément. Je n’ai pas encore eu l’occasion de beaucoup côtoyer le nouveau staff mais certaines choses ont changé et l’ambiance est très bonne», confirme-t-il.

Le 14 février, Dorian Thiéry dispute, avec le Léo, son premier match officiel plus de sept mois depuis sa blessure à l’épaule. Une victoire 3-1 contre l’Héraklès et une prestation remarquée.  On a retrouvé le numéro deux du Léo fidèle à lui-même, un battant et un compétiteur exceptionnel. Peut-être même encore plus solide qu’avant son coup d’arrêt. « Je me sens en tout cas plus fort mentalement, c’est clair et net. Je dirais même dix fois plus fort ». Et à l’heure d’évoquer son avenir avec son club et avec les Red Lions, on remarque que malgré ses 21 ans, Dorian Thiéry a la tête bien sur les épaules. « Je dois faire attention à ne pas trop en faire et à ne pas vouloir rattraper le temps perdu à vouloir tout prouver à tout prix. Si je veux trop en montrer, les choses vont juste aller dans le mauvais sens. Je dois simplement jouer mon rôle et aider mon équipe. Le reste viendra naturellement et que ce soit avec le Léopold ou les Red Lions, je veux aller le plus loin possible. Pourquoi pas aux Jeux Olympiques. Je m’entraine en tout cas pour cela ».

Bertrand Lodewyckx

 

 

 

 

 

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