La fin d'un beau voyage pour Lucas de Mot

 

A 27 ans, Lucas de Mot prend congé de la Division d’Honneur Messieurs, après onze ans de bons et loyaux services avec le Racing. Touché par des blessures à répétition depuis le début de la saison, ce personnage atypique du hockey belge a décidé de se consacrer pleinement à sa passion du coaching, qu’il continuera à exercer au sein de l’école de jeune du Racing.

C’est peut-être l’un des joueurs les plus talentueux de sa génération qui prend sa retraite de l’élite du hockey belge. Il y a deux ans, lorsqu’on demandait à Andrin Rickli, quelques mois après son arrivée en Belgique, quels étaient les joueurs qui l’impressionnaient le plus, le Suisse répondait du tac au tac : Lucas de Mot. « Sa conduite de balle est impressionnante. Il ne la perd jamais »,  nous avait-il confié.  Ses dribbles virevoltants ont fait le malheur des défenseurs, que ce soit à l’extérieur ou en salle, où il a été un des joueurs majeurs de la dernière décennie.

Mais voilà, l’histoire s’arrête. Un peu plus tôt que prévu. «J’ai eu deux déchirures cette année. Une à l’ischio jambier pendant la préparation. J’ai repris un mois puis je me suis déchiré les ligaments de la cheville droite. En sept mois, cela fait six mois de blessure » explique-t-il , «c’était de toute façon ma dernière saison. Je comptais arrêter en juin parce que cela devenait difficile de combiner avec mes responsabilités dans l’école de jeunes du Racing». Cette saison, il n’aura disputé que cinq rencontres, entre octobre et novembre. Sans le savoir, il dispute son dernier match de division d’honneur extérieure le 1er novembre contre un certain… Dragons, la bête noire du Racing et qui l’a plusieurs fois empêché de remporter le titre tant attendu à la Drève des Gendarmes. Résultat : une sévère défaite 7-4 face, à ce moment-là, au leader incontesté de la compétition. Depuis, le Racing s’est rapproché de son rival, jusqu’à le dépasser cette semaine.  Mais tout cela sans Lucas de Mot, qui ne peut qu’assister à l’excellente saison de son club, qui l’a adopté il y a plus de dix ans.

Du Watducks au Racing

Initié au hockey dès l’âge de quatre ans au hockey par sa mère irlandaise, Lucas de Mot exerce ses premiers dribbles sur le terrain du Watducks. Et tandis que son père devient président du club waterlootois, la carrière du jeune Canard se fait au plus haut niveau, avec un titre en cadets et des sélections en équipe nationales jeunes, en U14 puis en U16, avec laquelle il remporte le championnat d’Europe à Bristol en 2004.

Lucas de Mot Nationale Jeunes

Lucas de Mot (en bas à gauche) avec Jérôme Truyens, Elliot Van Strydonck et John-John Dohmen notamment.

C’est le début de la grande aventure du hockey belge dans l’élite européenne et mondiale. Jérôme Truyens, John-John Dohmen, Elliot Van Strydonck mais aussi Sander Baart et Floris Van der Linden font partie de cette génération dorée, qu’il affronte lors de ses quelques apparitions en Division d’Honneur au Watducks. «J’ai participé aux playoffs une fois avec le Watducks, mais sur le banc. De ma génération, il n’y avait que Chouchou de Saedeleer qui jouait avec moi en équipe première au Watducks et je m’entendais vraiment bien en équipe nationale avec des joueurs du Racing comme Tchouk, Cédric Buchet, Charles Feron etc. Ils venaient de monter en DH et il y avait un chouette projet. J’ai donc rejoint le Racing pour jouer avec des amis de mon âge et m’affirmer en division d’honneur».

La suite de l’histoire, on la connait. De 2004 à fin 2015, Lucas de Mot fait les beaux jours du club ucclois avec, à la clé, sept titres en salle, trois finales perdues à l’extérieur et trois participations en EHL. Son dernier fait d’arme remonte à cette superbe finale face à Namur, fin janvier, au Parc à Mitrailles de Court-St-Etienne, où le Racing ne fait qu’une bouchée de son adversaire, avec un Lucas de Mot sur une autre planète.

 

Entre-temps, il participe également à une Coupe du Monde en Malaisie avec les U21 en 2009. C’est là qu’il apprend à connaître son meilleur ami, un certain Tom Boon. C’est le début d’une longue amitié et l’une des raisons qui a poussé le Red Lion à revenir au Racing. « Ça fait des années qu’on joue ensemble et on voulait rejouer ensemble. Je trouve que c’est une belle histoire qu’il soit revenu au Racing. Il m’en veut un peu d’arrêter du coup » rigole Lucas de Mot.

Et à l’heure de prendre sa retraite et d’évoquer les moments les plus forts de sa carrière, il y a cette dernière finale contre le Dragons qui reste en travers de la gorge. «Je trouve qu’on était plus fort. Mais sincèrement, je n’ai pas eu beaucoup de mauvais moments au hockey» commente-t-il.

Et parmi ses meilleurs souvenirs, il retient son premier titre en salle, glâné en 2007, et le dernier carré en EHL, il y a deux ans.

De Mot EHLEt s’il fallait revenir au premier grand moment de sa carrière, Lucas de Mot répond sans hésiter. «Notre médaille d’or aux championnats d’Europe U16. C’était une expérience géniale et le premier titre européen de la Belgique. Le début d’une grande épopée ».

 

 

De Mot, l’aventurier

Pourtant, son parcours en équipe nationale ne se poursuit pas jusqu’aux Red Lions pour le milieu du Racing. Non pas qu’il n’en ait pas le talent, ni le niveau de jeu, mais bien parce que ce passionné de voyage et d’écologie a d’autres intérêts dans la vie. Le hockey fait partie intégrante de sa vie, mais elle ne s’arrête pas qu’à ce sport.  «Je n’ai jamais vraiment aspiré à être en A. C’est trop de sacrifices et je ne pense pas avoir la passion du haut niveau individuellement parlant. J’adore le hockey et le top niveau, j’adore l’analyser et jouer mais je n’ai jamais eu cette envie nécessaire pour atteindre de objectifs énormes dans le sport » souligne-t-il, avant d’évoquer ses autres passions, «J’ai fait plein de choses en dehors du hockey. J’ai été chef scout, j’ai beaucoup aimé mes études de littérature et j’ai énormément voyagé. J’ai même arrêté de jouer en an pour faire le tour du monde à vélo».

Un parcours peu habituel dans le monde du hockey pour celui qui se définit comme «peut-être un peu décalé». Professeur pendant deux ans à l’Ecole Decroly à Uccle, Lucas de Mot est avant tout un passionné de voyages, qu’il combine avec son goût prononcé pour l’écologie. Tour du monde à vélo avec son frère, parcours à pied en Ouzbékistan avec Jill Boon et expériences aux quatre coins du monde, celui qui se dit inspiré par Mandela et Gandhi tient aux valeurs de partage est aspire à une vie simple. «Je m’intéresse beaucoup à l’écologie et au social. J’ai des choix de vie qui vont dans ce sens et je fais fort attention à ça. J’ai ma vision des choses,  mais ce n’est pas pour ça que je n’aime pas le top hockey. Je suis heureux comme cela et c’est sûr que je ne me mets pas trop de pression», sourit-il.

Il faut dire qu’il y a certaines expériences qui changent la vie et la vision des choses.  Son emprisonnement en Chine, les situations périlleuses qu’il a vécues dans l’Himalaya, la vision de la pauvreté dans le monde et l’accueil chaleureux de familles lors de son tour du monde lui permettent de relativiser les défaites et les échecs dans le hockey.

Partager et enseigner

C’est donc après onze années passées au plus haut niveau que Lucas de Mot prend sa retraite de la division d’honneur. «Après autant de temps, je pense que la motivation n’est plus tellement là. Je me suis déchiré les ligaments et j’aurais dû me consacrer uniquement à ma rééducation pour revenir au top. Les jeunes du Racing jouent très bien et sont super bien intégrés. J’ai peut être le regret de ne pas avoir ce titre en extérieur et j’aurais encore voulu jouer mais c’est un choix qui s’impose à moi. Et cela devenait également difficile de combiner avec mes responsabilités au Racing».

De Mot coaching

Lucas de Mot entraîne les U16 du Racing. « Une équipe en or », commente-t-il.

A 27 ans, l’Ucclois d’adoption n’est pourtant pas près de quitter les terrains de hockey. Il continuera à jouer avec la deuxième équipe du Racing et à s’occuper des futures stars du club. Et si une belle carrière de coach s’ouvre à lui, ce ne sont pas d’énormes objectifs sportifs qui le préoccupent mais bien de développer au mieux les jeunes du Racing. Une priorité pour ce joueur qui adore travailler avec des jeunes. Enseigner et partager sa passion, voilà l’avenir de Lucas de Mot dans les années à venir.

Et à l’heure des derniers remerciements, c’est surtout une histoire d’amitiés qui ressort de cette belle aventure. «Comme coach, je retiendrai Marcelo Orlando, qui est resté trois ans ici. Il m’a beaucoup fait confiance et nous avions une vraie relation amicale et respectueuse. Et comme joueurs, il y a évidemment Tom Boon, mon meilleur ami avec qui j’ai toujours adoré jouer. Tchouk Truyens a été mon capitaine pendant presque quinze ans, en équipes nationales jeunes et au Racing. Il est impressionnant mentalement, dans sa façon de rayonner comme capitaine. Il rend les gens meilleurs autour de lui. Mais c’est une question difficile, je n’ai envie d’oublier personne».

Bertrand Lodewyckx

 

 

 

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