Jérôme Truyens, suivez l'exemple

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Bertrand Lodewyckx

Deuxième joueur le plus capé des Red Lions encore en activité, Jérôme Truyens disputera, déjà, ses troisièmes Jeux Olympiques à Rio. Douze ans que Tchouk porte fièrement les couleurs de la Belgique, depuis sa première sélection en 2004 face au Pays de Galles. On vous parle d’une autre époque. Malgré les années passées et tous les sacrifices, l’exemplaire capitaine du Racing continue à rayonner sur un terrain et à transmettre son énergie à ses partenaires de jeu. Portrait d’un travailleur acharné qui a grandi en même temps que son équipe nationale.

Nous sommes en 2004, la Belgique, coachée par Gilles Bonnet, s’apprête à disputer un double match amical contre le Pays de Galles au Parc à Auderghem. Sur le terrain, un jeune homme de seulement quinze ans, un certain Jérôme Truyens, goûte pour la première fois aux joies de l’équipe nationale senior. A ses côtés, on retrouve notamment un certain Vitali Kholopov.  Un autre temps. «Je ne m’y attendais pas du tout sincèrement. J’avais déjà l’énorme privilège de jouer en U21 avec Xavier Reckinger, Audry Renaer qui étaient déjà des valeurs sures dans leurs clubs, alors que je n’avais même pas seize ans. Cela a été une énorme fierté d’être appelé avec les A, j’étais dans une euphorie totale», sourit Tchouk. Depuis, l’adolescent est devenu un homme.  A force de discipline et de travail, le Bruxellois s’est imposé comme l’un des piliers des Red Lions, qu’il n’a jamais quitté depuis. Un exemple.

Luc Melotte, l’homme par qui tout a commencé

Jérôme Truyens est né dans une famille de sportifs, de joueurs de tennis plus précisément. Philippe Truyens, son père, fut même 26e joueur belge au meilleur de sa carrière tandis que sa mère a fait partie des meilleures joueuses de son époque. C’est donc tout naturellement que l’enfant se dirige vers la petite balle jaune, avant de rapidement attraper le virus du hockey. A cinq ans, il rejoint l’équipe créée au Racing par Luc Melotte. C’est le début d’une longue aventure, en compagnie notamment de Cédric Buchet, Maxime Halflants et de Thierry Melotte, d’un an son aîné et neveu de son père. Pendant près de quinze ans, le coach Luc Melotte suivra cette belle bande jusqu’à la division d’honneur. Entre temps, Tchouk emmène avec lui des Thibault Cornillie, Lucas de Mot, Jérémy Gucassoff vers le plus haut niveau et accroche en catégorie jeunes deux titres de champion de Belgique outdoor et plusieurs trophées en salle. Le jeune Truyens participe également à la montée de l’équipe première dans l’élite du hockey belge, toujours sous la houlette d’un certain Luc Melotte.

Et pendant que les Rats font l’ascenseur ou se maintiennent difficilement en division d’honneur, Jérôme Truyens fait ses armes en équipe nationale jeunes. De U16 à U21, le Red Lions en devenir passe par toutes les étapes. Et dire que sans Chris Vercammen, la Belgique aurait pu passer à côté d’un tel joueur. «Je n’avais pas été sélectionné en provinciales, donc je n’étais pas censé être repris en équipe  nationale. Mais Chris Vercammen m’a rappelé et j’ai disputé ma première rencontre avec les U16 au Parc contre les Pays-Bas », témoigne-t-il. En compagnie des Briels, Charlier, Dohmen ou encore Van Strydonck, il aide la Belgique à se positionner sur l’échiquier européen et se forge déjà un palmarès conséquent. Tchouk décroche des médailles de bronze européennes en U16 et en U21 et une d’argent avec les U18.  Le Racingman est même sur tous les fronts en 2005. Coupe du monde à Rotterdam avec les U21, Coupe d’Europe avec les U18 et Euro avec les Red Lions à Leipzig, l’été de l’international est  surchargé. Mais comme à son habitude, il parvient à tout combiner grâce à une rigueur et une discipline exemplaire.

Une vie à cent à l’heure

L’homme n’est pas du genre à se reposer. Etudes, entraînements en club, équipe nationale, Jérôme Truyens combine tout, et avec brio. Surtout qu’il ne choisit pas la facilité. Après ses études secondaires, il se lance dans des études d’ingénieur commercial (à la VUB, en flamand, excusez du peu), alors qu’il est déjà pris toute la semaine par le hockey. Après trois années de dur labeur et sans connaître l’échec, il fait son master à l’ULB. Là aussi, sans la moindre embûche. La tâche était pourtant loin d’être facile.  «Il a fallu une bonne dose de discipline pour y arriver. J’ai toujours mis l’indoor de côté. En décembre, personne ne me voyait. J’étais dans ma chambre à étudier» souligne-t-il. «C’est vrai que j’avais un statut de sportif de haut niveau à la VUB qui me permettait de pouvoir aménager mes horaires d’examens, mais ça ne voulait pas dire que c’était plus facile. Les examens étaient souvent regroupés en une semaine et avant la session classique, pour que je puisse partir en stage avec l’équipe nationale. Tout cela me demandait beaucoup de discipline et d’organisation mais je ne me voyais pas étaler mes études sur plusieurs années ».

Loin d’être épuisé par un tel rythme de vie, il se lance dans le monde professionnel chez Puilaetco Dewaay et obtient un poste à responsabilité qu’il gardera jusqu’à octobre 2015, date où il décide de prendre un congé d’un an pour se consacrer uniquement au hockey. Et si pendant toutes ces années, son employeur a été conciliant en lui laissant la possibilité de suivre toutes ces obligations sportives, «je leur suis vraiment reconnaissant», précise-t-il, Jérôme Truyens n’a pas chômé puisqu’il était, jusqu’à peu, l’un des seuls à combiner travail à plein temps et Red Lions.

Truyens JO 2008

Jérôme Truyens avec l’équipe nationale aux JO de Pékin, en 2008

Une équipe qui l’aura vu grandir lors de ces douze dernières années de bons et loyaux services, rendus possible par une organisation irréprochable et une discipline de fer. Une image de travailleur acharné qui lui colle à la peau et qu’il a bien méritée. «Devoir gérer tout cela en même temps m’a appris à avoir la discipline et la concentration que j’ai maintenant. C’est vrai qu’on dit souvent que je suis très bosseur mais je crois que d’autres joueurs le sont devenus aussi. C’est juste que je l’étais avant eux ».

Un monde de différence

Depuis sa première sélection en équipe nationale en 2004 et les entraînements presque quotidiens des Red Lions en 2016, Jérôme Truyens a grandi avec l’équipe nationale, qui est passée du statut de petit poucet du hockey mondial à celui de nation référence. « L’encadrement s’est énormément professionnalisé,  les entraînements sont plus spécifiques.  Avant on s’entrainait énormément. On le fait toujours mais avec des objectifs par séance. Et si jamais les joueurs sont trop fatigués, on peut annuler l’entrainement. Tout est fait pour que cela soit le plus productif possible », explique-t-il. « Les moyens alloués au hockey sont aussi beaucoup plus importants et cela nous aide beaucoup ».

Finale 2011 Truyens

Au duel avec Florent Van Aubel, lors de la finale perdue aux strokes, en 2011.

Au fil de toutes ces années, Tchouk Truyens s’est imposé comme l’un des piliers du Racing et des Red Lions, du hockey belge tout simplement. Il ne manque plus qu’un titre de champion de Belgique pour qu’il fasse partie des légendes de notre sport. Plusieurs fois passé si près d’un titre, le Racing semble à nouveau proche de soulever ce trophée tant attendu du côté de la Drève des Gendarmes. Un rêve qu’il tentera d’atteindre dans quelques semaines avec son ami de toujours, Jérémy Gucassoff. «C’est cela le Racing, un vrai esprit de club avec des gens que je connais depuis que je suis tout petit. Cela fait treize ans que je suis en équipe première et je n’ai toujours pas de titre… Je serais déçu de terminer ma carrière sans cela. Mais ce qui est certain, c’est que décrocher un titre avec le a-Racing aurait autant de saveur que d’en remporter cinq avec un autre club ». 

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Jérôme Truyens et les Red Lions

Quel est ton meilleur souvenir avec l’équipe nationale ?

Manchester 2007 Tchouk

Tchouk à Manchester.

Certainement le but de la qualification pour les JO de Pékin, à Manchester en 2007. Il y aussi la Coupe d’Europe à Boom en 2013 et évidemment les Jeux Olympiques. L’ambiance était incroyable à Boom et nous avons fait un excellent résultat, tandis que je retiendrai surtout l’événement en tant que tel des Jeux Olympiques. C’est tellement incroyable. C’est pour vivre des moments pareils qu’on s’entraine très dur.

Quelle est la personne que tu apprécies le plus dans la sélection ?

J’ai très longtemps partagé ma chambre avec John-John Dohmen. Depuis ma première sélection jusqu’à l’été passé, en fait. Depuis, je suis avec Jérémy Gucassoff, mon meilleur ami que je connais depuis tout petit.

Qu’est-ce qui a changé depuis ton premier match avec les Red Lions ?

Il y a beaucoup plus de talent. Avant on se basait surtout la cohésion du groupe, sur le jeu d’équipe pour arracher des résultats.  Maintenant, on impose notre jeu, on tient tête à l’Australie. Lorsque j’ai commencé, on regardait l’Australie de tout en bas et on voulait limiter la casse. Le talent des jeunes est impressionnant et on se dit parfois avec John-John qu’ils ne savent tout le travail que l’on a fait pour arriver jusqu’ici. Mais il y a un bon mélange entre expérience et talent.

Quels seront les éléments clés pour faire le meilleur résultat à Rio ?

Nous sommes devenus une équipe très complète et je ne pense pas que nous ayons de réelles faiblesses. Il faudra peut-être plus marquer parce que l’on a beaucoup de pénétrations dans le cercle. Notre grosse arme est notre vitesse exécution et notre jeu vers l’avant.  Personnellement, j’essaierai de récupérer un maximum de balles dans le milieu et de transmettre mon énergie à mes coéquipiers.

Un petit pronostic ?

Je veux faire mieux qu’à Londres,où nous avons fini 5e, après on verra bien.  Je n’ai pas envie de me mettre la pression. Dernièrement les Pays-Bas jouent très bien et il faut toujours se méfier de l’Allemagne qui réalise souvent un sans-faute.

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