Inspiring stories #2: Pascal Kina, un mentor qui fonctionne au challenge

Mentor et coach d’exception pour certains, prétentieux et colérique pour d’autres, Pascal Kina est un véritable personnage du hockey belge qui ne laisse pas indifférent. Une des grandes gueules de notre sport qui manie très rarement la langue de bois. Avec lui, les débats peuvent être parfois houleux, mais toujours constructifs. Le coach a réussi à amener nombre d’équipes vers le sommet et a remporté de nombreux titres. L’homme fonctionne au challenge et relève les défis à force de travail, qu’il remet sans cesse en question. Portrait d’un homme, coach et père qui marque le hockey belge de son empreinte.

25 mars 2012. Pascal Kina vient d’écrire l’une des plus belles pages de sa carrière et du hockey belge féminin. Les Red Panthers, grâce à leur victoire 4-1 contre l’Irlande, viennent de se qualifier pour les Jeux Olympiques de
Londres. L’exploit est historique, d’autant plus qu’inespéré par la fédération.

25 mars 2012, Pascal Kina vient de mener ses troupes à une qualification historique pour les Jeux de Londres

«Quand je parlais avec la ‘Fédé’, ils me parlaient de Rio et moi je leur parlais de Londres parce que j’avais déjà mes objectifs au moment de reprendre l’équipe », se souvient Pascal Kina.« Les dames étaient nulle part et on me riait au nez quand je parlais des Jeux de Londres. Cela a été un magnifique challenge d’amener cette équipe du bas vers le top ».Challenge, défi, les mots reviennent souvent dans la bouche de l’ancien coach de l’équipe nationale dames. Le Gantois n’est pas du genre à se reposer sur ses lauriers et remet son travail et sa façon de faire constamment en question. Indispensable pour bâtir une carrière comme la sienne. Et dire qu’il n’aurait pu jamais fouler les terrains en tant que coach.

 

Le coaching, une punition

C’est d’ailleurs un peu par hasard qu’il découvre le hockey à l’âge de onze ans, lorsqu’il accompagne un ami d’enfance sur les terrains de l’Indiana. Le jeune Pascal Kina accroche tout de suite et rejoint l’école de jeunes de la Gantoise deux ans plus tard. A quinze ans, le futur coach à succès fait ses premiers pas en équipe première et verra sa carrière
couronnée de deux titres en salle avec le Baudouin et deux sélections en équipe nationale, contre le Canada. « On m’a proposé à 29 ans de jouer avec les A. J’avais déjà fait pas mal d’entraînement avec l’équipe mais je trouvais qu’il
fallait laisser la place aux jeunes et ça n’a donc pas duré très longtemps
 », souligne Kina. Surtout qu’il est déjà fort occupé par ses fonctions de coach au sein de son club de cœur, la Gantoise.

Déjà près de dix ans qu’il s’investit dans l’école de jeunes du club de Gentbrugge. Près de dix ans après une première expérience qui ressemblait plus à l’époque à une punition. « Comme j’étais un garçon qui s’exprimait beaucoup sur le terrain, le club a dit ; tu parles beaucoup, vas-y, coache une équipe », rigole le père d’Antoine Kina. « A 20 ans, c’était plus une punition qu’autre chose. Mais j’y ai vite pris goût. Le fait de beaucoup communiquer est un avantage et puis je me suis pris au jeu et j’ai commencé à m’informer sur le rôle de coach, à apprendre ». C’est le début d’une carrière qui le verra brandir de nombreux trophées avec les équipes qu’il prend sous son aile, à commencer par celles de l’école de jeunes de la Gantoise. Des succès qui ne manqueront pas de taper dans l’œil des dirigeants nationaux. Rapidement, Pascal Kina gravit les échelons et coache d’abord les U16 puis les U18 et enfin les U21, aidé notamment par son bilinguisme parfait. Et si sa carrière de coach lui prend beaucoup de temps, le Gantois mène de front une autre carrière professionnelle, dans la société familiale.

Un homme de défis

Mais à 30 ans, c’est le déclic, le hockey ne sera plus une passion, mais son métier. « j’aurais pu rester dans mon travail et ça aurait pu devenir ma société un jour (rires), mais le hockey était une telle passion que ça m’a rattrapé», confie-t-il. « A l’époque, j’étais le premier professionnel et financièrement, il n’y avait clairement pas les mêmes moyens que maintenant. J’avais déjà deux enfants et les gens me disaient que j’étais fou. Mais comme tout début, c’est toujours un risque au départ ». La suite de l’histoire, ce sont de nombreuses aventures, avec leur lot de

Un groupe qui est passé de l’ombre à la lumière.

victoires et de déceptions. Mais à la racine de chacun de ces projets, il y a un défi, un challenge. Le véritable moteur de Pascal Kina. L’homme a le goût du travail bien fait, se donne les moyens pour le faire et introduit un certain professionnalisme partout où il passe. « J’adore les challenges », confirme le coach de la Gantoise.« Il y a a beaucoup de projets que j’ai accepté non pas parce que cela allait me rapporter des titres, mais bien parce qu’il y a un défi. Quand j’ai repris les Red Panthers, je savais bien que je n’allais pas être champion d’Europe, même si on est arrivé plus près du titre qu’on aurait pu le penser », sourit-il.
Si toutes les équipes qu’il a coachées auront toujours une place importante dans sa carrière, le défi posé par les Red Panthers restera comme l’un des plus beaux challenges qu’il a réalisé depuis le début de sa carrière. Parce que son histoire avec l’équipe nationale dames est faite de magnifiques victoires et d’énormes déceptions. Parce qu’elle a vu un groupe passer de l’ombre à la lumière, se qualifiant pour les Jeux Olympiques de Londres à la surprise générale. Mais aussi parce qu’elle a aussi vu les Red Panthers échouer à quelques secondes des Jeux de Rio. Parce qu’il voulait coacher cette équipe et parce que le défi était énorme, tout simplement.

La recette Pascal Kina

Premier ingrédient : instaurer une dynamique dans le groupe et faire en sorte que tout le monde regarde dans la même direction. « Je me rappellerai toujours de mon premier entraînement avec les Red Panthers. Je suis arrivé au Braxgata un jour de mai, il faisait super beau. Deux filles à droite, quatre à gauche, deux autres à droite », se rappelle-t-il. « Et personne ne venait me dire bonjour. Là je me suis dit : mais c’est quoi ce bordel ? Il faut d’abord apprendre à dire bonjour etc. Ça a l’air banal mais c’est primordial d’installer une certaine rigueur. Ca été un gros point de départ ».

Deuxième ingrédient : établir des règles, ou plutôt des arrangements. Pascal Kina le souligne souvent, il en apprend tous les jours et c’est l’expérience et la remise en question de ces certitudes qui lui permettent de constamment s’améliorer. « Quand j’ai repris le Watducks, c’est moi qui mettais les règles, comme un bon policier, pam, pam. Ça a marché mais avec l’expérience, j’ai compris que c’était aux joueurs de les faire. C’est un point qui a été déterminant dans les deux groupes (Watducks et Red Panthers Ndlr) ».

©Paul Jacobs

Troisième ingrédient : se connaitre soi-même. C’est peut-être bien l’une des clés du coaching du Gantois. Chaque joueur, joueuse fait partie d’un groupe et joue un rôle. Connaître ses forces, ses faiblesses, accepter les défauts de l’autre, utiliser au mieux ses capacités, autant d’éléments cruciaux qui font de Pascal Kina un mentor qui tire le meilleur de chaque élément. « On est tout le temps confronté à des situations où les gens ne connaissent par leur rôle. Un jeune qui a la chance de s’entrainer avec les Red Lions va peut-être rentrer dans son club en faisant la star. Mais tu as envie de lui dire ; ‘Garçon, tu as 20-21 ans, tu n’as rien prouvé. Tu dois écouter et pas l’inverse », explique-t-il. « C’est très important de définir le rôle de chacun. Certains ne se rendent pas compte de leur rôle et en travaillant là-dessus, on va pouvoir utiliser au mieux ses qualités et accepter ses propres défauts et ceux des autres. C’est d’ailleurs pour cela qu’on a réussi à se qualifier pour Londres. On a travaillé avec Alain Goudsmet pour commencer par savoir ‘qui suis-je’, puis ‘qui es-tu’ et ainsi créer un vrai groupe », poursuit le célèbre coach belge.

Quatrième ingrédient : un système de jeu créatif. « C’est un peu le reproche que je fais auprès de pas mal de coaches. Le coach fédéral fait ça, donc je fais ça. Par semaine, je prends deux heures pour me dire ; ‘comment est-ce que je peux faire ça, mais autrement ?’. C’est un facteur important en tant que coach, et cette partie-là, tu l’as en regardant beaucoup de matchs et pas que de haut niveau.  Même à un simple match de jeunes, tu peux compendre quelque chose simplement grâce à l’erreur du joueur ou de la joueuse. C’est spécial, mais c’est comme ça», sourit Pascal Kina.

Cinquième ingrédient : constamment se remettre en question. « Quand on perd, il y a des leçons à tirer et tu en apprends toujours, donc tu ne peux pas regretter la défaite si tu as tout mis en œuvre pour réussir. Il faut être capable de se mettre dans cette position-là»,  confirme le Gantois. « Tout le staff des Red Panthers se demandait tout le temps, après une victoire ou une défaite, ce qu’on pouvait faire de mieux, et c’est déterminant ».

Coacher, une affaire d’équipe ©Paul Jacobs

 

Au nom du père et du fils

S’il y a bien un défi qui occupe le coach de la Gantoise depuis maintenant vingt ans, c’est l’éducation de son fils, Antoine, récemment appelé chez les Red Lions. Un travail quotidien, qui n’est pas près de s’achever et qui n’est pas toujours facile, comme il le concède volontiers. « L’avoir amené vers le haut niveau sans l’avoir poussé, c’est un sacré challenge. C’est important de le soutenir mais pas de le pousser, sinon tu n’arrives à rien », souligne le père du joueur du Watducks. « Je dis tous les jours à Antoine qu’il faut rester respectueux et humble. Il faut respecter son coach, son entraîneur, son club, ses coéquipiers, ses adversaires. Et ce n’est certainement pas facile. Je suis le premier à me fâcher mais après le match c’est fini. Je me suis toujours mis comme règle de prendre mon café et de puis de partir après le match », ajoute-t-il avant de conclure. «C’est d’ailleurs un message que je veux faire passer aux jeunes : restez humbles, respectueux et dites à vos parents de se taire », rigole Pascal Kina.

Père et fils au top du hockey belge ©JL Goethals de Mude

 

Bertrand Lodewyckx


L’analyse de Laurent Jacquet (son blog: http://leadyourway.net/)

‘La Kina touch’

Mais au fond, qu’est-ce qui fait que ce monument du hockey belge laisse son emprunte partout là où il passe ?

Et que pouvons-nous tous en tirer comme leçons ? Je me suis penché sur la question…

1.Pascal attache énormément d’importance aux objectifs qu’il se met. C’est cet engagement profond pour ses challenges qui lui permet de faire avancer les choses et d’impacter les gens autour de lui.

2.Remise en question constante, tirer les leçons de chaque situation, Pascal nous rappelle que chaque événement peut être une opportunité d’apprendre et de grandir.. Que ce soit dans le sport ou dans la vie, il nous encourage à chercher à nous améliorer jour après jour.

3. Mais la caractéristique principale de Pascal selon moi est cet envie profonde de voir le potentiel dans chaque joueur et de le pousser à s’améliorer individuellement. Trop de coachs aujourd’hui ont une approche trop globale envers l’équipe, là où lui n’hésite pas à mettre le doigt là où ça fait mal, à pousser les joueurs à se dépasser…  Cette capacité à sortir le meilleur de chaque joueur est selon moi « sa signature ». Si le groupe lui fait confiance et est ouvert au feedback, c’est cette volonté de faire progresser les autres qui fait des miracles! Et tel un vieux professeur de primaire qui nous a tout appris, il crée une emprunte profonde auprès de certains joueurs.

4.En mettant l’accent sur le fait que chacun a un rôle à jouer dans une équipe, Pascal nous fait comprendre que nous sommes tous unique et qu’il est important de partir de ses propres qualités. Chaque joueur doit découvrir et définir quel est son rôle dans l’équipe afin de maximiser son apport à l’objectif commun.

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