Débat: Le marché des transferts dans tous ses états

Une semaine après l’annonce du transfert d’Arnaud Flamand à l’Orée, les rumeurs et bruits de couloirs concernant d’éventuels nouveaux  contrats continuent à faire jaser dans les coulisses. Ce n’est un secret pour personne, les joueurs de Division d’Honneur sont de plus en plus sollicités, et de plus en plus tôt, pour rejoindre tel ou tel club. Avec des enjeux financiers à la clé. Une voiture, un logement, quelques dizaines de milliers d’euros pour défendre les couleurs de son équipe. Il n’y pas que les joueurs étrangers qui sont concernés. De nombreux joueurs belges reçoivent des avantages, parfois presque des salaires pour intégrer une équipe.

Le hockey belge est entré dans l’ère du professionnalisme, c’est un fait, un bienfait même. Sans cela, pas de Red Lions dans le Top 5 mondial, ni de Red Panthers aux portes du Top 10. La gestion tant sportive qu’administrative du hockey en Belgique est prise en main par des professionnels de ce sport, à temps plein. Comment pourrait-t-il en être autrement lorsqu’on frôle la barre des 40.000 membres ? Les joueurs aussi sont en passe de devenir des pros, à l’image d’un Tom Boon ou d’autres joueurs qui ne vivent que du hockey.  Lucas de Mot nous confiait récemment que seulement trois joueurs de l’équipe du Racing avaient un travail en dehors de leur sport. Trois sur un noyau de plus de seize joueurs, c’est le signe que combiner vie professionnelle et hockey de niveau devient de plus en plus difficile. A raison de quatre séances d’entraînement par semaine, plus un match le dimanche, la semaine d’un joueur de division d’honneur est bien remplie, sans parler de celle des internationaux et internationales. Il n’est, dès lors, pas étonnant de voir des joueurs comme Chouchou de Saedeleer ou Lucas de Mot prendre leur retraite soit internationale, soit de l’élite, pour se consacrer à leur vie professionnelle.

Mais il n’est pas étonnant non plus que les joueurs se comportent en professionnels… du hockey et signent de réels transferts avec un montant à la clé. Et c’est peut-être bien sur cet aspect-là que les autorités du hockey belge n’ont pas encore suivi le mouvement qui s’est amorcé il y a quelques années.  Le mercato a commencé très tôt cette saison, avec l’annonce, début janvier, de l’arrivée de Sander Baart à l’Antwerp. Deux mois plus tard, on annonçait le retour de Vanasch au Watducks et les départs d’Alex de Paeuw, Jérôme Dekeyser, Arnaud Flamand et Charles Masson vers l’Orée. En pleine saison. Sans encadrement de la fédération.  Bien sûr,  dirigeants, entraineurs et joueurs sont au courant des discussions, eux-mêmes tentent d’attirer tel joueur avant le rival. Evidemment, la pratique est devenue courante et ne semble pas perturber les vestiaires. Certainement que les médias, dont fait partie Tip-in, sont les premiers à l’affût de la moindre annonce de transfert, de la moindre information concernant d’éventuelles discussions.  Toutes ces pratiques sont devenues la norme cette saison. Est-ce pour autant une bonne chose ? La réponse semble nuancée.

D’une part, voir les joueurs être rémunérés pour les sacrifices qu’ils réalisent est normal. L’arrivée de l’argent dans le hockey était inévitable et les montants restent respectables, lorsqu’on compare avec beaucoup d’autres sports. Surtout que la plupart des transferts ne sont pas uniquement motivés par une histoire de gros sous. De Paeuw, Dekeyser et Masson retournent dans leur club formateur pour y endosser de nouvelles responsabilités, par exemple. Avec un encadrement correct et certains freins, l’argent devrait ne pas poser de problèmes dans notre sport.

La valse des annonces de transferts a débuté en janvier cette saison et s’est accélérée en mars, deux mois avant les playoffs. Deux mois avant le dénouement du championnat.  Verra-t-on, l’année prochaine, des joueurs annoncer leurs départs, pendant ou avant même la trêve, parfois si bénéfique pour certaines équipes et période idéale pour remédier aux problèmes de la 1e partie de saison ? Lorsque l’information d’un transfert arrive aux oreilles d’un journaliste, doit-il la révéler ou attendre que le club ou le joueur la dévoile avant lui, perdant ainsi l’exclusivité sur ses concurrents ? Ces dernières semaines ont prouvé que la communication n’est pas toujours optimale. L’annonce d’un départ dans une équipe peut perturber son équilibre, surtout lorsqu’on se trouve en pleine compétition. Comment poursuivre sereinement le championnat lorsque les transferts se multiplient au sein d’un club ? De l’aveu de certains joueurs du Watducks, les Waterlootois avaient du mal à se concentrer lors de la semaine où l’on a appris les départs de de Paeuw et Masson.

Alors, bien sûr, personne ne pourra empêcher dirigeants et joueurs de discuter transfert pendant la saison. Personne ne pourra éviter certaines annonces, certaines fuites. Mais si le marché des transferts de la division d’honneur, puisque c’est comme cela qu’il faut l’appeler maintenant, est encadré par des règles et est délimité dans le temps, la compétition risque bien d’en tirer les bénéfices et de poursuivre plus sereinement son cours. On pourrait imaginer une période qui débute une semaine après la fin du championnat et qui termine deux semaines avant le début de la nouvelle saison. Les transferts ne pourraient être signés et officialisés qu’uniquement lors de cette période. La formule a certainement ses inconvénients (plus de rumeurs, des joueurs qui pourraient  jouer aux enchères entre différents clubs etc), mais elle a au moins le mérite de protéger les joueurs, ainsi que leurs dirigeants et entraineurs, des perturbations que peut amener l’annonce d’un départ.

Bertrand Lodewyckx

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