Le hockey indien à la recherche de sa gloire d’antan

 

Dans notre premier numéro de Hockey Globe nous allons nous pencher sur la Hero Indian League, cette NBA du hockey qui rassemble les meilleurs joueurs de la planète dans la même compétition avec des joueurs locaux indiens financés par des franchises privées.

final hero HIL logo

Aux Origines de la HIL

Pendant un demi siècle les indiens ont dominé le hockey international avec un total de onze médailles olympiques dont huit d’or. Ancienne colonie britannique, le hockey a depuis le 19e siècle vite pris son envol partout en Inde et peut être considéré le “sport national”. L’Inde était le berceau des joueurs les plus talentueux de la planète et se disputait année après année l’hégémonie du hockey international avec son voisin, rival et ennemi le Pakistan.

Les joueurs indiens se caractérisaient par une technique hors norme, une vivacité sans égal et une maîtrise de la balle presque parfaite sur des terrains en herbe…
Mais l’arrivée des terrains synthétiques changea complètement la donne. Faute de moyens, le hockey indien continua à se pratiquer sur des terrains en gazon ou même sur de la terre tandis que le jeu évoluait vers un style de plus en plus physique, laissant la technique pure au second plan. Les joueurs indiens ne s’étaient pas préparés à un tel changement. La suite est bien connue, les indiens ont vu leur statut référence mondiale disparaître au profit des nations européennes dans un premier temps puis de l’Australie. Cette descente aux enfers atteint son paroxysme lors des JO de Pékin avec la non qualification des Indiens pour la première fois de leur histoire. Depuis lors, l’Inde tente de retrouver sa gloire d’autrefois et n’hésite pas à rappeler avec fierté qu’elle est la nation du hockey.

Depuis maintenant près de dix ans, les initiatives se multiplient pour redorer le blason du hockey indien. En 2005, à l’initiative de l’Indian Hockey Federation (IHF) en collaboration étroite avec Leisure Sports Management et la chaîne télévisée ESPN India, la Premier Hockey League (PHL), sorte de NBA du hockey voit le jour. L’objectif était simple: attirer les meilleurs joueurs de la planète afin d’augmenter le niveau des joueurs locaux. Innovateur, le projet a n’a pas su profiter des réseaux sociaux, à l’époque encore quasi inexistants, et manquait cruellement de visibilité en Europe. Ce qui n’a pourtant pas empêché certains joueurs du gratin international comme les argentins Jorge Lombi, Mario Almada et le capitaine espagnol Juan Escarré, entre autres, de participer à l’événement. La PHL permit également de tester de nouvelles règles, qui ont visiblement séduit les instances internationales du hockey. C’est lors de la compétition indienne que les quarts temps de 17 minutes 30 ont été introduits, pour des raisons publicitaires, ainsi que les shoot-outs qui ont remplacé les strokes. D’autres nouveautés n’ont pas encore trouvé preneur mais elles pourraient bien revenir au goût du jour. La PHL ne permettait pas de match nul et le nombre de joueurs de chaque équipe diminuait progressivement jusqu’à ce qu’il y ait un vainqueur alors que les entraineurs devaient utiliser au minimum deux time-out par rencontre. Un bénéfice sur le plan tactique mais évidemment aussi pour les publicitaires.
En trois ans de compétitions, les grands nom du sport ont poussé les portes du championnat indien. Jamie Dwyer, trois fois meilleur joueur du monde, le célèbre sleeper Sohail Abbas ainsi que le récent stick d’or Pau Quemada ont notamment participé à la PHL. Malheureusement en 2008, la ligue doit mettre le verrou, la faute à des problèmes de financement et à la pression de la région du Punjab, traditionnellement le berceau du hockey indien et qui n’avait aucune équipe parmi les 5 franchises initiales.La PHL fut néanmoins un énorme succès qui dynamisa notre sport en Inde et ouvrit le chemin à d’autres initiatives similaires.

Qui dit business dit conflit: World Series Hockey VS Hero Indian League

L’Inde est de loin le pays qui accueille le plus de joueurs, spectateurs, fans du hockey au monde. Bien que ce soit le “sport national” et que traditionnellement le hockey soit le sport olympique indien par excellence, le hockey n’a pas la même importance partout. Le hockey est ainsi surtout présent dans les régions du nord, le Punjab, le Madhya Pradesh, le Chatisgarh, le Gujarat, le Uttar Pradesh. Dans ces régions, le hockey constitue plus qu’un sport, c’est presque une façon de vivre.

Le hockey est tout simplement partout. Dans les écoles, universités, club de sport ainsi que dans certaines entreprises qui possèdent leur filière de hockey. Il n’est donc pas rare de voir des équipes avec des noms tels que “ Indian airways”, “Punjab Police”… Le hockey mobilise également beaucoup de spectateurs en live et à la télévision, dont les droits sont une raison de controverse depuis les années 2000. Une crise qui a bien failli déchirer le hockey indien à cause d’une lutte de pouvoir au sein de la direction nationale du hockey indien en 2011. Traditionnellement le hockey était organisé par l’Indian Hockey Federation (IHF) qui était depuis longtemps présidée par KPS Gil, un président omniprésent qui était derrière toutes les grandes décisions du hockey. Lors de la PHL et de l’arrivée massive de plusieurs entraineurs étrangers, plusieurs phénomènes de corruption ont fait grand bruit dans la presse locale. Un mécontentement général s’est alors répandu partout dans le milieu du hockey car on associait les mauvais résultats sportifs de l’équipe avec une gestion corrompue et inefficace des ressources de la fédération.

C’est dans ce contexte qu’un nouvel organisme, issu de nulle part et de légitimité donc limitée, s’est autoproclamé la nouvelle fédération indienne de hockey: Hockey India (HI). Dirigé par Narinder Bartra, Hockey India prit de l’importance au fur et à mesure et exigea bientôt la gestion fédérale du hockey, chose que la IHF n’allait bien entendu pas accepter. L’affaire allait se décider devant les tribunaux et pendant 5 ans, les deux camps passèrent leur temps à se quereller, et à essayer de détruire le camp adverse plutôt que d’essayer de développer le hockey indien.

L’enjeu principal de l’affaire était en réalité une reconnaissance officielle de la part de la FIH. Afin de charmer le public international, chaque organisme organisait de son côté plusieurs événements sportifs d’envergure. L’objectif était évidemment de démontrer leur sérieux et leur capacité à gérer le hockey de manière professionnelle.

C’est ainsi que la IHF, jusque là seule fédération existante et donc reconnue par la FIH, décida d’organiser une nouvelle édition de la ligue des stars: la World Series Hockey (WSH). Co- financée par Nimbus Sports (un des grands groupes médiatiques de retransmissions sportives de l’Inde) et par Bridgestone, la WSH n’était pas spécialement un projet innovateur et reprenait les principes et formats de son prédécesseur, la PHL. Mais là où la WSH était vraiment innovatrice, c’était par rapport à sa diffusion massive sur les différentes chaines de sport indiennes et sur la chaîne Youtube de la compétition. Pour la première fois en Inde, le hockey était retransmis partout pour une compétition locale.

Un deuxième élément qui mérite d’être souligné, est l’impact économique de la compétition pour les joueurs participants. Les 8 franchises disposaient d’un budget financé par leurs différents sponsors. Lors du draft, chaque équipe “achetait” les joueurs selon une vente aux enchères avec un prix initial d’achat de minimum 10.000$.

Les joueurs internationaux pouvaient signer des contrats qui oscillaient entre 30.000$ et 60.000$ pour 21 jours de compétition. À ceci devait s’ajouter les repas, les voyages, les frais pour des éventuels accompagnants etc. Les champions du tournoi recevaient un prix de 40 million de rupees soit 800.000$, le MVP du tournoi, 200.000$, et lors de chaque rencontre, le meilleur joueur du tournoi recevait également un prix. Le hockey business indien venait de naître !

La controverse n’allait d’ailleurs pas tarder pas à arriver. Six mois avant la compétition, la FIH, dans un communiqué de presse, annonçait la non reconnaissance de la IHF et interdisait à tous les joueurs internationaux susceptibles de participer aux JO de Londres de participer à l’événement. Le président même de la FIH, l’espagnol Leandro Negre, prit en charge personnellement le dossier et spécifia que “tout joueur ayant participé à une rencontre de la WSH ne pourrait plus participer à une rencontre officielle avec son équipe nationale d’origine”.
La FIH allait même soutenir la Hockey India dans sa querelle interne contre la IHF. La situation allait alors devenir totalement chaotique. D’un côté, le gouvernement indien et le comité olympique indien soutenait la IHF, de l’autre, la FIH reconnut officiellement la Hockey India comme la seule fédération officielle.

Il est clair pourtant qu’aucun des deux organismes ne pouvait se targuer d’être des exemples de gestion et de gouvernance saine. Aujourd’hui encore, on ne connait pas les raisons qui ont poussé la FIH de Leandro Negre à soutenir le nouvel organisme autoproclamé fédération national face à l’ancienne fédération.

Quoi qu’il en soit, la WSH s’est vu dès le départ privée des meilleurs joueurs de la planète et était vouée à l’échec dès sa naissance…

La renaissance du hockey indien

La troisième tentative de rassembler les meilleurs joueurs de la planète dans un tournoi international retransmis gratuitement partout dans le monde fut la bonne: la HIL est un succès indéniable depuis trois ans. Ce tournoi s’est imposé comme une échéance incontournable dans le calendrier des stars internationales qui se rendent en Inde pour un mois de fête totale du hockey. Six équipes se disputent le trophée lors d’une trentaine de matchs dans des stades pleins à craquer et avec des retombées économiques sans égal dans le hockey mondial. Le tout soutenu par la FIH et avec l’accord explicite de la plupart des fédérations nationales.

Toutes les fédérations ne se sont en effet pas positionnées de la même manière face à la HIL. La fédération australienne a par exemple trouvé des accords intéressants avec l’organisation. Un contrat de trois ans a été signé entre la HIL et les instances australiennes et qui donne la permission à tous les internationaux australiens d’aller jouer en Inde. En échange l’équipe nationale indienne réalise une tournée de matchs en Australie une fois par an. Les Kookaburras ont ainsi intégré cet événement dans leur calendrier et modifié leur préparation pour pouvoir aller gagner leur vie en Inde.Il s’agit après tout d’une affaire d’argent avec des rémunérations qu’on ne trouve nulle part ailleurs dans le hockey. Plutôt que de boycotter le tournoi, le staff australien a donc réorganisé la préparation olympique en fonction de la ligue indienne. L’automne a permis aux joueurs de s’affuter physiquement avant d’aller disputer la Hero Indian League alors que les champions du monde en titre se rassembleront en février pour uniquement se consacrer aux JO. Une préparation bien organisée qui permet de concilier tant les intérêts des joueurs que du staff de l’équipe ainsi que ceux de la fédération. Bref, une vraie formule win-win.

Tout l’inverse de l’Espagne, qui a depuis deux ans interdit à tous les joueurs sélectionnés et sélectionnables d’aller rejoindre le championnat indien sous peine de ne plus être repris en équipe nationale. Cette décision s’appuyait sur des considérations sportives, la fédération espagnole arguant qu’un mois de matchs intensifs pourrait être nocif pour la préparation de l’équipe nationale. Face à cette interdiction, certains joueurs qui avaient pourtant un contrat en Inde ont été contraints de ne pas respecter celui-ci. C’est le cas du milieu de Bloemendaal, Andrés Mir, du gardien Kiko Cortes ou encore du défenseur central Bosco Perez-Plá. D’autres joueurs comme David Alegre ( ex Oranje Zwart et actuellement au RC POLO) et Roc Oliva ( ex HGC et actuellement à l’Athletic Terrasa) ont cependant décidé de participer à la compétition indienne et renonçaient ainsi à participer à la World League et à la Coupe d’Europe de Londres. Face aux mauvais résultats de l’équipe à Londres (6e place) les joueurs ont à nouveau été repris dans le noyau….

Entre ces deux extrêmes, on retrouve des pays comme l’Argentine, l’Allemagne ou la Grande Bretagne qui autorisent leurs stars à participer dans le tournoi sans modifier leur préparation pour autant.
En Belgique, le seul précédent est l’incroyable Tom Boon, qui fut le seul joueur à obtenir du staff l’autorisation de participer à l’édition 2015. Une autorisation qui aura affolé les enchères puisqu’il était devenu le joueur le plus cher de l’histoire avec un montant record de 103.000 dollars, l’équivalent de 82.230 euros, payé les Dabang Mumbai.

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Interview exclusive de S.V Sunil

Sunil

Interview exclusive de SV Sunil, le redoutable attaquant indien, juste après la Hero Indian League. Une compétition qui, selon lui, a aidé à faire progresser rapidement le niveau du hockey indien et de ses internationaux.

Comment te sens-tu après la HIL? Cela a été une belle expérience?

Sincèrement, j’ai encore énormément appris grâce à la venue des joueurs internationaux. Ils viennent tous de grandes nations du hockey et m’ont beaucoup appris ces dernières semaines. Je me sens en grande forme.

La Hero Indian League est de plus en plus médiatisée et reconnue mondialement. Sentez-vous une réelle évolution entre la première édition et celle de 2016 ?

Oh oui, une énorme différence. La première édition, c’était un grand point d’interrogation quant au succès du tournoi, on ne savait pas à quoi s’attendre. Cette année nous avons défilé et joué devant des stades remplis de milliers de personnes dans une ambiance délirante, un vrai plaisir et une expérience incroyable.

A six mois des Jeux Olympiques à Rio, comment se déroule la préparation de cette compétition que tout le monde attend ?

Nous continuons pour l’instant à disputer des championnats locaux avant de débuter réellement la préparation le 6 mars. Il y aura plusieurs stages de préparation jusqu’à l’échéance olympique en août.

Après des années difficiles, on sent que l’Inde commence à redevenir un acteur important du hockey mondial. C’est également votre sentiment ?

Oui, nous sommes clairement sur la bonne voie. On travaille vraiment dur pour obtenir les meilleurs résultats possibles à Rio.

Il n’y a pas encore beaucoup de joueurs indiens dans les championnats européens. Vous aimeriez personnellement venir jouer en Europe?

Sans hésitation, ma réponse est oui. C’est mon rêve!